Swisspower | «La temporisation n’est pas une option»

«La temporisation n’est pas une option»

Matthias Galus, directeur du Digital Innovation Office de l’OFEN, nous parle du document de travail consacré à la digitalisation dans le monde de l'énergie

À quoi sert ce nouveau document de travail de l’OFEN?

Il se penche sur les enjeux et la signification de la digitalisation pour le domaine de l’énergie. Pour la première fois, ce terme souvent galvaudé est concrétisé. Il importait à l’OFEN d’identifier les écueils possibles. Nous ne savons pas de manière certaine quelles évolutions ont le potentiel de changer en profondeur le système énergétique. Nous voulions donc également évaluer à quoi l’OFEN doit se préparer à moyen terme et comment il peut soutenir la digitalisation du secteur de l’énergie. À mes yeux, cette analyse a été menée à bien avec succès. Il s’agit maintenant d’approfondir les actions et les interventions nécessaires et de nous y atteler ensemble. Les constats et les questionnements du document de travail serviront de base de discussion pour un échange ouvert de tous les groupements d’intérêt avec l’OFEN.

Le document de travail pointe de nombreux défis pour le secteur de l’énergie. Quelle serait la meilleure approche à adopter pour les EAE?

Elles devraient reconnaître et saisir les opportunités numériques. Ce n’est pas encore le cas de toutes les EAE. Parfois c’est un problème de taille: dans ces cas, les coopérations peuvent s’avérer utiles. Les ordonnances de la Stratégie réseaux électriques prévoiront que les gestionnaires de réseau puissent désormais imputer à leurs coûts de réseau les coûts de mesures novatrices – en particulier digitales. Elles créeront ainsi de la sécurité. Mais les EAE doivent décider elles-mêmes à quel endroit miser sur la digitalisation et l’automatisation de leurs processus afin d’augmenter encore leur efficience et leur proximité client. Cela suppose naturellement une certaine prise de risque et une certaine expérimentation, en suivant la devise «fail fast but fail cheap». Mais la temporisation n’est pas une option. C’est parfois aussi un véritable changement de culture qui s’impose. Il s’agit aussi de rendre le secteur de l’énergie attirant pour les jeunes collaborateurs à fort potentiel. Nous avons besoin de cette relève pour l’avenir digital du secteur énergétique.

Faut-il de meilleures ou d’autres conditions cadre?

La digitalisation plus poussée du marché de l’électricité nécessite un examen critique des conditions cadre. Cet examen ne doit pas se limiter aux dispositions réglementaires. Il faut également mettre en place de nouveaux standards contraignants à l’échelle du secteur. Les données et les informations doivent devenir plus standardisées et plus accessibles – les maîtres mots sont ici l’«open data» et la «lisibilité par machines». Il faut aussi comprendre que les EAE ne décident plus toutes seules des règles du jeu. Il faut des règles équitables y compris pour les petits et les nouveaux acteurs. Si les EAE identifient des réglementations faisant défaut ou obstacle, nous sommes ouverts au dialogue. Plus tôt l’OFEN sera informé, plus vite nous pourrons éliminer les obstacles.

De quelle autre manière la Confédération soutient-elle les EAE?

D’une part par la transmission de connaissances dans le cadre d’un dialogue ouvert servant aussi à identifier ensemble les préoccupations et les barrières en termes de réglementation. D’autre part, suivant le principe d’une approche «bottom-up», l’OFEN soutient des projets dont l’objectif est la mise en œuvre de mesures concrètes. L’OFEN a établi spécialement à cet effet un Digital Innovation Office. Celui-ci procédera à une veille continue des technologies et des thèmes liés à la digitalisation afin de collaborer avec les groupements d’intérêt pour questionner et faire évoluer les conditions cadre et pour lancer des projets.